Où es-tu ?

Imaginons le temps avant le temps. Quand l’Éternité était seule réalité. Quand le monde était sans forme et sans contenu.

Imaginons le cri du Créateur, aimant déjà sans qu’ils soient là, les humains, ses enfants. De son appel, un monde surgit. Contrastes de lumières et de ténèbres, d’océans et de continents.

Un monde comme un jardin, vert et luxuriant, les arbres chargés de bons fruits, les prés comme des tapis douillets ou comme des fresques admirables de couleurs et de senteurs.

Et les océans commencent à grouiller d’animaux petits et gros, aux formes nobles et équilibrées, ou aux formes marrantes.

Sur la terre ferme l’épisode se répète dans un tourbillons de fourrure, d’écailles et de plumes.

Imaginons le cri du Créateur, aimant déjà sans qu’ils soient là, les humains, ses enfants. De son appel, un monde surgit.

Voilà, le cadre est posé. L’histoire peut commencer.

On peut dire que cette Histoire, c’est celle qu’on essaie toujours de raconter. C’est celle qui nous fait vibrer. Parce que c’est l’histoire de la Vérité.

Si nous avions compris les mots que le Créateur a crié pour faire le monde, nous serions sages. Nous serions remplis de lumière. Nous aurions su cette Vérité.

Mais aujourd’hui, le cri résonne encore, on en perçoit des échos. Mais les mots nous sont cachés. Il nous reste des parcelles de lumière, des parcelles de ce cri. C’est l’appel de Dieu, et c’est la Vérité.

Nous ne nous souvenons plus des paroles que Dieu a prononcées quand il a nous a créé. Nous n’étions alors que des tas de poussière sans vie. Comment aurions-nous entendu ?

Nous nous souvenons seulement du souffle de Dieu sur nos corps, sur nos âmes. Nous nous souvenons de cette impression de vie qui nous traverse de la plante des pieds au bout des cheveux !

Nous étions bien dans la chaleur de ce souffle, dans la vigueur de cette vie donnée. Il nous a fallu du temps pour ressentir enfin la curiosité d’ouvrir les yeux.

Ah oui, nous sommes restés émerveillés devant le paysage. Dieu avait bien fait les choses.

Tout montrait l’amour de Dieu pour nous. Il avait pensé au moindre détail. Nous étions chez lui chez nous.

Des journées de bonheur se sont écoulées. Nous profitions de tout. Nous passions des journées rien qu’à respirer ! Goûtant la richesse des odeurs de l’air embaumé du parfum des fleurs, de la sève des pins, de la pureté d’un jour de neige.

Nous passions des journées rien qu’à écouter les trilles des oiseaux, les murmures des sources, les ronronnements des félins.

Nous passions des journées à regarder ; nous passions des journées à toucher la chaleur de la pierre au soleil, la tiédeur de la fourrure, la vie solide des troncs, la douceur des jeunes lapins…

Mais tous les soirs, quand soufflait la brise, c’était alors le plus beau moment de la journée. Il venait nous voir. Dieu lui-même, notre Père Créateur !

On passait du temps ensemble à rigoler de tout et de rien. On lui disait combien il est merveilleux ! On le remerciait pour toutes les beautés données. Et lui il était simplement content d’être avec nous. Des fois il nous emmenait dans un lieu encore inexploré, et il nous faisait découvrir des merveilles. Il nous enseignait à mieux connaitre le monde pour mieux l’apprécier.

Et il nous parlait de lui. Et nous étions transporté. Seulement lui connait les mots. Je ne saurais les redire. Nous devenions plus sages et plus beau de jour en jour, grâce à ses enseignements et à ses rires.

Et puis voilà, dans une histoire qu’on raconte, il y a toujours un problème. Ça pose l’intrigue, ça lui donne de la profondeur.

C’est sûr qu’on s’en serait bien passé de cette complication, de cette chute avant la fin.

L’idée qui est née en nous, de grandir par nous-même, sans Dieu, était une très mauvaise idée.

Mais comment le savoir ? Si ce n’est en faisant une confiance pleine et entière en Dieu notre Père…

La confiance ne nous satisfaisait pas, nous voulions la connaissance.

Nous nous sommes isolés. Nous étions nerveux, excités. Qu’était-ce ? La peur ? Comment le savoir, nous ne la connaissions pas. Pas encore.

Nous nous sommes cachés. Nous nous sommes isolés. Nous nous sommes passés de Dieu, juste pour un instant, juste pour voir.

Mais cachés nous sommes restés longtemps, quand Dieu dans le jardin, à l’heure ou soufflait la brise a crié de plus en plus fort, de plus en plus inquiet peut-être « Où es-tu ? » « Où es-tu ? »

Nous n’osions bouger, indignes que nous étions. Maintenant que nous avions la connaissance, nous savions aussi quel mal nous avions commis. Nous savions combien Dieu est bon et juste. Nous savions que la relation était rompue.

Nous nous étions isolés, juste pour un instant. Nous sommes restés isolés, pour des générations.

Mais Dieu a continué à crier. « Où es-tu ? » Son appel a retenti, une fois de plus.

Imaginons le cri du Créateur, aimant encore sans qu’ils soient là, les humains, ses enfants. De son appel, un monde surgit.

Cette histoire, je l’ai entendue bien des fois. En imagination, je l’ai vécue bien des fois. Et je sais au fond de moi que c’est l’histoire de la Vérité, la seule qu’on essaie de raconter.

Dieu continue d’appeler. « Où es-tu ? »

Je le savais déjà avant d’entendre vraiment sa voix.

Oui, je l’ai entendue. « Où es-tu Marie », il a dit.

Je savais quoi répondre. Malgré ma peur, je devais répondre. Je savais que c’était important pour moi, pour ma vie. Alors j’ai dit « Je suis là ».

Et sa voix a continué de parler : « Ne crains pas. Je t’ai trouvée. Oui, c’est important pour toi. Et tu n’as pas encore idée de l’importance de ta réponse ! J’ai tellement appelé, tes frères, tes sœurs, l’humanité. Maintenant, je viens les chercher ».

« Mon appel, mon cri est créateur. Il a fait naitre le monde. Il le fera renaitre. Ce cri va résonner à nouveau sur la terre des humains ».

« Et Marie, je veux que tu le portes cet appel. Il grandira en toi. Il prendra forme et corps. Il sera mon appel pour l’humanité ».

« Je t’ai trouvée Marie. Et maintenant je veux crier à l’humanité « Je suis avec vous ! »

« Tu es toujours là Marie ? »

J’ai répondu « oui, qu’il soit fait comme tu le demandes »

Je suis restée perplexe un moment. Vraiment ? Est-ce que j’étais devenue actrice de cette histoire ? De la grande Histoire de la Vérité ?

Ma réponse est venue neuf mois plus tard quand dans une étable un cri a retenti. Le cri d’un nouveau né.

Imaginons le cri du Créateur, aimant toujours, lui qui est venu, toi et moi. De son appel, un monde surgit.

Le cri de la Genèse à Noël, à aujourd’hui.

D. Juvet, Avent 2010